J’ai beau chercher une pièce associée à l’écriture, les gestes et la perception du moment, à distance, loin, très loin, le bruit assourdissant des rails de la rame, métal contre métal, chuchotements de bibliothèque | j’ai les avant-bras posés sur le bureau, le bureau, un plateau fixé au mur porté de chaque côté par une chaîne elle aussi fixée au mur, la planche n’est jamais repliée, toujours à angle droit avec le mur | je n’ai pas d’âge, je cherche | apparaît une feuille volante annotée sur un siège de métro | pas de souvenir précis, pas de moment consacré, aucun geste à décomposer, rien où m’attarder | une certaine obscurité me vient, un halo gris et sombre, concentration | une feuille de classeur ou de cahier avec des lignes bleues, une marge rose, l’encre bleue du stylo à plume, bien plus tard le carnet dédié aux mots | la porte de chambre adolescente fermée, la fenêtre ouverte sur le ciel et sur l’horizon, des poèmes écrits à même le verso comme une fresque unique de révolte, amnésie, aucun souvenir, souvenir raconté, élans créatifs, chansons et autres textes tombés aux oubliettes | une boule au majeur de la main droite, renflement de corne permanent sur un fond d’encre tout aussi permanent | odeur de poussière, de tabac froid ou fragrance fleurie | une bibliothèque universitaire, un CDI de collège, une table de café, une table dans une maison de campagne, aucune idée | le seul endroit qui me vient n’est pas un lieu, le lieu d’écriture n’existe pas, ce bureau n’existe pas, le clavier sur lequel mes doigts courent non plus | le temps d’écriture, je ne suis pas là, je suis la feuille, le crayon, les mots qui apparaissent sur l’écran, je ne sais pas où m’emportent les pensées quand elles se font mots.