Rai de lumière

Elle s’éveille. Le plafond éclairé par la lumière de l’extérieur est la première chose qu’elle voit. Sur le mur face au lit, une tache rectangulaire jaunâtre, elle aussi née de la lumière artificielle du dehors. Elle entend marcher dans le couloir. On parle. Elle ne distingue pas les mots derrière la porte. Une personne passe en traînant les pieds. L’esprit bouillonnant, le corps épuisé. Elle se redresse doucement. Elle voudrait atteindre la porte. Assise au bord du lit, elle est figée là. Impossible d’aller plus loin. La main posé sur le drap. Un rai de lumière passe sous la porte. Elle ferme les yeux. Elle entend les premiers gémissements. On ne lui a pas laissé voir le nouveau-né. A peine aperçu ce petit corps gluant et sale. Elle a entendu son premier cri, ses pleurs, puis des mains gantées l’ont emporté à toute vitesse. Des pensées qu’elle ne comprend pas s’entrechoquent. Demain, elle partira. La vie reprendra comme avant. Elle reprendra ses études. La vie sera à nouveau devant elle. Un brouhaha dans la tête, une cacophonie. Ses doigts se referment sur le drap. Elle sent une présence. Quelqu’un derrière la porte. Le rai de lumière s’éteint, la poignée de métal tourne.

Texte atelier François Bon, Tiers Livre cycle été 2024

 

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