Je suis un enfant, j’imagine.

Graminée en fleur. © KBS

Je suis habillé comme les autres, d’une petite chemise bleu marine au col écossais, et d’un short sombre. Mes chaussures de cuir me gênent pour courir dans le sable du jardin, je m’assois.
Les autres sont posés sur les bancs de bois vert ou sur le sol et forment un groupe compact auquel je me sens étranger. J’ai assez d’espace. Je m’échappe.
Le parc est désolant. Il est fleuri. Il fait beau. Personne ne se promène, debout ou assis. Personne ne bouge. Tout est immobile. Le vent ballote les feuilles haut perchées. L’herbe est verte. De grands arbres donnent de l’ombre et de la fraîcheur.
Aucun rire d’enfant à part le mien peut-être. Je ne sais pas, je ne connais pas les sons de l’extérieur. Je suis sourd de naissance.
Du coin de l’œil, je vois les autres enfants, inertes, assis pendant que s’écoule le temps récréatif. Entre les arbres de grands écrans happent leur esprit. J’imagine que les grands écrans diffusent une musique. Au parc, j’éteins mon implant, sinon je ne profite pas de mon temps récréatif. J’ai appris à le faire par la pensée. Je ne l’ai dit à personne, on m’aurait puni. Je remets l’implant en marche quand nous reprenons le chemin de l’institut éducatif national.
Les grains de sable glissent entre mes doigts courts. Dos à tous, je souris en cachette. Personne ne me remarque, ils sont envoûtés par les écrans, si ce n’est celui des grands arbres, c’est celui qu’ils ont, implanté sur le dessus de la main. Moi, je n’en ai pas, mes mains sont trop petites.
Ma peau trop clair ne supporte pas le soleil. Mes yeux en amande, souvent trop rouges, croisent leurs regards inquiets. Quand je suis heureux, ma langue s’échappe de ma bouche. Je n’y peux rien. Je vois leurs yeux se détourner.
Soudain, un scarabée surgit dans le sable. J’exulte. Je fais certainement beaucoup de bruit car mon « auxiliaire » me secoue. Tremblante, elle baisse la tête, regarde le sol, s’excuse du dérangement auprès des autres.

Laura Vasquez | Atelier d’écriture | cycle autour du bizarre, de l’étrange, du mystérieux. 
À partir de textes de Kim Hyesoon et David Lynch. Semaine 25

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