J’ai vu, je suis.

Ciel de BNF en juin © KBS.

J’ai vu, j’ai observé sans comprendre. Bruits, sons, paroles, phrases.
J’ai appris à faire du vélo devant la maison. J’ai fait du vélo dans les landes. J’ai fait du vélo dans Paris. J’ai suis allée de Saint-Jean-de-Luz à Bordeaux en vélo. Je ne sais plus faire de vélo.
J’ai mangé à la maison le midi les jours d’école. J’ai mangé à la cantine. J’ai mangé dans la forêt. J’ai mangé dans un pré. J’ai mangé sur le bord d’une route. J’ai mangé au restaurant. J’ai mangé au bord de la mer, le sable croquait sous la dent. J’ai mangé au sommet d’une montagne.
J’ai dit mon nom, unique, jamais deux du même nom dans les classes, jusqu’à la fac. Mon monde s’ouvre. Regards curieux et insouciants.
J’ai vu, j’ai observé, j’ai entendu. J’ai appris. Questions posées. Questions sans réponse. Questions non-dites. Réponses fantasmées.
J’ai fumé devant mon collège. J’ai fumé dans les trains. J’ai fumé au bureau. J’ai fumé dans le métro. J’ai fumé au restaurant. J’ai fumé dans les avions. Je ne fume plus.
J’ai vécu en toute innocence pendant longtemps. J’aime naturellement, comme on m’a aimé, sans le dire.
J’ai eu des exclamations irréfléchies. J’ai dit ce qui me passait par la tête, sans réfléchir. J’ai choqué. J’ai amusé. J’ai surpris. Des phrases spontanées, pas vraiment à propos. Je m’en suis voulu.
J’ai vu. Je suis restée figée, immobile. Incapable.
Je suis allée au cinéma. Je suis allée au théâtre. Je suis allée à l’opéra. J’ai applaudi. Je suis allée au musée. Je suis allée au cimetière. J’ai pleuré.
J’ai été nourrisson, j’ai oublié. J’ai été enfant, je me souviens peu. J’ai été adolescente, je me souviens davantage. Je suis adulte, je suis parent. J’ai fait comme j’ai pu, comme d’autres avant moi. Il n’y a pas de manuel pour expliquer la vie. On teste, on apprend au fur et à mesure. Quand on pourrait, on ne sait pas, puis quand on sait, on ne peut plus. Il est trop tard.
J’ai vu, j’ai observé, j’ai entendu. J’ai appris. Je me suis libérée. Par la pensée, par les mots, par les actes.
Je ne suis pas ce que j’aurais pu être. Je ne suis pas ce que j’aurais pu devenir. J’ai tenu d’autres promesses.

Texte d'atelier, François Bon, Cycle été 2024, Prologue

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