les prés sont jaunes, grillés, brûlés, séchés | les feuilles craquent sous les pieds, tombées trop tôt des branches | dans le jardin, le saule pleureur est mort, il a séché sur pied | un bel arbre désormais une ramure de griffes tendues vers le ciel | son écorce se détache par plaques | le tronc penche d’un côté
la terre se fend, craquelée comme une peau trop épaisse et trop vieille | bouches sèches ouvertes sous nos pas | l’air sent la poussière et la cendre | au loin, une fumée noire monte avec rage | elle épaissit et mange le ciel | le soleil s’éclipse | les oiseaux silencieux ont compris avant nous | le vent tourne et pousse les flammes | le crépitement, comme des pas furieux écrasant la broussaille | promesse de cendre | la pluie a oublié le chemin de la terre
les insectes ne bourdonnent plus, ils sont tombés silencieux dans l’herbe sèche | le hérisson n’a pas trouvé d’ombre, il est recroquevillé, vaincu par la chaleur | dans les rivières, les poissons suffoquent dans ce qu’il reste d’eau tiède | le renard cherche un point d’eau | dans les champs, les cadavres se font discrets | les fourmis, si tenaces, désertent leurs galeries effondrées | tout un univers s’éteint sans bruit, sans témoin | disparitions que nos yeux effarés ignorent, prémisses de la notre |